Rabbi Dov de Ladizin, qu'on appelait communément Rabbi Dov Haïless,
occupait la fonction de juge rabbinique dans la ville. Quand il apprit que Rabbi Nahman avait déménagé pour Breslev, il décida de le suivre, et dut abandonner son poste. Attaché fortement à Rabénou, il lui rendait visite chaque jour et lui révélait des explications originales sur la Torah, tirées de livres rares, car Rabbi Dov comptait parmi les grands érudits.
A chaque fois qu'il rapportait des enseignements inédits d'un auteur inspiré, Rabbi Nahman s'exclamait : « un tel a écrit cela sous l'inspiration divine ». Rabbi Dov déclara à Rabénou qu'il avait lu dans un certain livre une explication midrashique basée sur le verset :
« allons et tuons le' et nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves.
Reouven entendit et voulut le sauver de leurs mains ». Le Midrash commente : « si Reouven avait su qu'il serait un jour écrit dans la Torah
« Reouven entendit et voulu le sauver de leurs mains », il aurait pris Yossef sur ses épaules et l'aurait ramené à Yaakov son père ». Rabbi Dov avait lu que Reouven était le seul à avoir entendu la voix céleste qui disait : « et nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves ».
(car ces mots ont été prononcés de façon surnaturelle, comme le note le Midrash). C'est d'ailleurs pour cette raison que les deux phrases se juxtaposent dans le récit biblique : « nous verrons ce qu'il adviendra de lui. Reouven entendit et voulut le sauver de leurs mains ». Reouven a pensé que ses frères avaient eux aussi entendu la voix divine, mais quand il s'est rendu compte qu'ils n'en faisaient pas cas, il s'est résigné en abandonnant Yossef entre leurs mains. S'il avait donc su qu'il était le seul à avoir perçu la Voix, il aurait pris Yossef sur ses épaules, comme dit précédemment. Dans la Guemara (Taanit 21,a) est rapportée une histoire dans laquelle interviennent deux maîtres, Ilfa et Rabbi Yohanan.
De façon similaire, ce dernier a pensé que son compagnon avait aussi entendu l'appel céleste. Rabénou déclara en fin de compte que cette explication avait été dévoilée par un individu animé de l'inspiration divine.
Source : Siarh Sarfei Kodech 2
1-211
Après son installation à Breslev, Rabénou voyagea une fois à Ladizin.
Il se rendit un vendredi soir à une fête, en l'honneur de la naissance d'un garçon, chez l'un des disciples.
Parmi les habitants de la ville qui vinrent féliciter le père de famille, se trouvait le chantre de la communauté.
Après s'être assis, ce dernier fut invité, pour l'occasion, à entonner un air joyeux. A la surprise générale, le chantre répondit qu'il était un peu enroué. En tant qu'adversaire de Rabénou, il ne souhaitait pas chanter en sa présence. Le Tsadik, qui devina ses intentions, déclara à l'assistance :
'je vais lui octroyer une voix qui ne cessera jamais'. La circoncision se déroula au cours de la semaine suivante. Absent lors de la cérémonie, on partit à la recherche du chantre.
A son domicile, on apprit qu'il avait déjà quitté la maison. Les investigations se poursuivirent jusqu'à ce qu'on l'aperçoive en train de commettre une transgression, à D. ne plaise. On comprit alors les paroles de Rabénou : il lui avait accordé une réputation, autrement dit une 'voix', qui ne tarit pas...