Rabénou n'appréciait pas spécialement les prédications qui étaient courantes à son époque, en raison de la renommée et de l'honneur qui s'attachaient à ce « métier ». Pourtant, il déclara au sujet du Maguid de Térovitsa : « lorsque le Maguid arrive dans un certain village, ses habitants se préparent à l'accueillir : ils ferment leurs commerces, portent en son honneur des vêtements de Shabbat,' Tous ces efforts déployés engendrent des pensées de repentir. Sur ce point, la prédication est une bonne chose ».
Source : SIAH SARFE KODESH II
1-198
A l'époque où Rabénou séjournait à Breslev, Rosh Hashana tomba une fois un lundi. Les disciples de la ville de Tchérin se hâtèrent de faire le voyage et passèrent le Shabbat précédant la fête, à Breslev, afin de pouvoir réciter les demandes de pardon (séli'hot) en compagnie de leur maître. Rabbi Abba l'abatteur rituel n'avait pas voyagé avec les autres disciples pour toute une série de raisons. Ne parvenant pas à rejoindre Breslev pour le Shabbat, il le passa dans la ville d'Ouman, située à une centaine de kilomètres de là. Le samedi soir, des pluies torrentielles se mirent à tomber. Rabbi Abba se demandait, anxieux : comment parviendrait-il à atteindre Breslev pour Rosh Hashana, avec un temps pareil ' Il se hâta de contacter plusieurs cochers : voyageaient-ils vers cette destination ' Personne ne voulut l'accepter, en tant que passager. Il insista auprès d'eux, tant et si bien qu'un homme finit par lui dire : « si tu consens à me donner treize roubles, je t'y amène ». Rabbi Abba promit au cocher la somme demandée, bien que très élevée ;
Qui plus est, l'abatteur rituel était dans une grande pauvreté : il avait si peu de moyens qu'il ne pouvait se permettre de changer de vêtements en l'honneur du Shabbat ! Quelques instants s'étaient à peine écoulés quand le cocher changea brusquement d'avis, bien que Rabbi Abba lui ait assuré qu'il le paierait. Les autres collègues de travail, témoins de la scène, intervinrent : « personne ici n'est d'accord pour l'emmener. Tu lui as déjà promis, tu dois donc aller jusqu'au bout ! »
Ils arrivèrent à le convaincre de revenir sur sa récente décision. Rabbi Abba et son cocher roulèrent toute la nuit. Au matin, ils étaient seulement à Téplik, à trente cinq kilomètres d'Ouman, le voyage étant ralenti par des intempéries. Le cocher nourrit les chevaux épuisés. Après cette halte de courte durée, ils repartirent pour arriver avec peine à Haissin en cours d'après-midi, à environ trente kilomètres de Breslev. Le cocher était exténué. Il refusa de poursuivre plus en avant. Mais Rabbi Abba ne se résigna pas. Après avoir fourni en fourrage les bêtes, ils laissèrent derrière eux Haissin. En cours de route, le cocher lança ironiquement aux chevaux : « les enfants, chez Rabénou ! »
Soudain, les animaux se mirent à galoper de manière surnaturelle.
Rabbi Abba parvint à Breslev au moment où la communauté avait commencé la prière de Min'ha de la veille de Rosh Hashana.
Dès son arrivée, il n'eut pas le temps de saluer Rabénou.
Le disciple fut contraint de vendre la coupe en argent, qu'il destinait à son maître, en échange des treize roubles du voyage.
Lorsque le temps fut venu de prendre le repas du soir de fête, Rabénou était assis en compagnie de ses disciples, comme de coutume.
Bien que tout le monde ait su qu'il ne prononçait pas le moindre mot en cette occasion, les hassidé breslev se réunissaient malgré tout autour de sa table. Pourtant, ce soir-là, le maître rompit avec son habitude. Il s'adressa à Rabbi Abba, en lui disant : « Abba, raconte-moi ton voyage ».
Ce dernier craignait de le faire, en particulier à cause de la coupe qu'il avait été obligé de céder au cocher. Mais Rabénou insista : « n'aie pas peur Abba, raconte moi donc ton voyage ! » L'abatteur rituel, mis en confiance, lui conta les différentes étapes qui avaient jalonnées son périple, sans omettre le sort qu'il avait réservé à la coupe qu'il transportait. Quand il eut fini, Rabénou s'écria : « pour cette coupe,
je briserai les dents du Satan, et lui ferai sortir les yeux. Quant à toi,
poursuivit-il, tu ne comptes plus parmi les vivants. Shmouel, prends un peu de soupe ». Rabbi Abba avait fait le voyage avec son fils, Rabbi Shmouel. Dès que la fête de Soucot se termina, Rabbi Abba quitta ce monde. Son fils s'enrichit considérablement et c'est de lui que Rabbi Abalé tirait sa fortune.
Source : SIAH SARFE KODESH II
1-126
A l'époque où Rabénou résidait dans la maison de Nahman Nathan, on lui raconta une anecdote le concernant.
Cet homme devait entreprendre un voyage pour affaires.
Avant son départ, il se vanta d'être à même de ramener à son retour une si grande richesse qu'il pourrait faire un pont tout en pièces d'or, depuis sa demeure jusqu'à la rue' grâce à son éclatante réussite.
Alors que Rabbi Tovia venait de se présenter devant Rabénou, ce dernier prit la parole et affirma : « deux choses ne peuvent cohabiter : l'homme et la richesse. Soit on retire la richesse à l'homme, soit on retire l'homme à la richesse' » ainsi qu'il est mentionné dans Sihot haRan, §51.
Rabénou poursuivit en demandant à Rabbi Tovia : « dis-moi quelle est la meilleure des situations : est-ce lorsque l'homme perd sa fortune, ou bien est-ce quand on lui retire la vie, et qu'il abandonne de ce fait tous ses biens ' »
Rabbi Tovia lui répondit : « il est évident qu'il vaut mieux pour l'homme perdre sa richesse, pourvu qu'il reste en vie ! »
Rabénou resta silencieux. Rabbi Tovia s'en retourna chez lui, et rencontra en route des compagnons qui habitaient la même ville que lui.
Il leur demanda s'ils avaient de bonnes nouvelles à lui donner, mais à son grand étonnement, ils n'ouvrirent pas la bouche. « Pourquoi ne me répondez vous pas ' » s'enquit Rabbi Tovia. Ils finirent par lui apprendre que sa maison avait été la proie des flammes, et que tous ses biens étaient partis en fumée' C'est la raison pour laquelle ils avaient préféré se taire quand il les avait questionnés.
A l'annonce de cette nouvelle, Rabbi Tovia saisit immédiatement :
« j'ai moi-même dit à Rabénou qu'il valait mieux pour l'homme perdre sa richesse' »
Par la suite, des hommes arrivèrent à Ouman et racontèrent qu'ils avaient rencontré Nahman Nathan au cours de son voyage de retour. Il était tombé gravement malade, ayant contracté la peste noire, une infection contagieuse et mortelle. Ses compagnons de route ne pouvant pas attendre son rétablissement, au risque d'être contaminés à leur tour, ils avaient décidé de l'enterrer sur place, alors qu'il vivait encore'
Pour limiter les risques de contamination, ils avaient utilisé de longues perches pour le pousser jusque dans la fosse.
La seconde partie de l'enseignement de Rabénou s'accomplit sur Nahman Nathan : « on retire l'homme à la richesse ».