A l'époque où Rabénou séjournait à Breslev, Rosh Hashana tomba une fois un lundi. Les disciples de la ville de Tchérin se hâtèrent de faire le voyage et passèrent le Shabbat précédant la fête, à Breslev, afin de pouvoir réciter les demandes de pardon (séli'hot) en compagnie de leur maître. Rabbi Abba l'abatteur rituel n'avait pas voyagé avec les autres disciples pour toute une série de raisons. Ne parvenant pas à rejoindre Breslev pour le Shabbat, il le passa dans la ville d'Ouman, située à une centaine de kilomètres de là. Le samedi soir, des pluies torrentielles se mirent à tomber. Rabbi Abba se demandait, anxieux : comment parviendrait-il à atteindre Breslev pour Rosh Hashana, avec un temps pareil ' Il se hâta de contacter plusieurs cochers : voyageaient-ils vers cette destination ' Personne ne voulut l'accepter, en tant que passager. Il insista auprès d'eux, tant et si bien qu'un homme finit par lui dire : « si tu consens à me donner treize roubles, je t'y amène ». Rabbi Abba promit au cocher la somme demandée, bien que très élevée ;
Qui plus est, l'abatteur rituel était dans une grande pauvreté : il avait si peu de moyens qu'il ne pouvait se permettre de changer de vêtements en l'honneur du Shabbat ! Quelques instants s'étaient à peine écoulés quand le cocher changea brusquement d'avis, bien que Rabbi Abba lui ait assuré qu'il le paierait. Les autres collègues de travail, témoins de la scène, intervinrent : « personne ici n'est d'accord pour l'emmener. Tu lui as déjà promis, tu dois donc aller jusqu'au bout ! »
Ils arrivèrent à le convaincre de revenir sur sa récente décision. Rabbi Abba et son cocher roulèrent toute la nuit. Au matin, ils étaient seulement à Téplik, à trente cinq kilomètres d'Ouman, le voyage étant ralenti par des intempéries. Le cocher nourrit les chevaux épuisés. Après cette halte de courte durée, ils repartirent pour arriver avec peine à Haissin en cours d'après-midi, à environ trente kilomètres de Breslev. Le cocher était exténué. Il refusa de poursuivre plus en avant. Mais Rabbi Abba ne se résigna pas. Après avoir fourni en fourrage les bêtes, ils laissèrent derrière eux Haissin. En cours de route, le cocher lança ironiquement aux chevaux : « les enfants, chez Rabénou ! »
Soudain, les animaux se mirent à galoper de manière surnaturelle.
Rabbi Abba parvint à Breslev au moment où la communauté avait commencé la prière de Min'ha de la veille de Rosh Hashana.
Dès son arrivée, il n'eut pas le temps de saluer Rabénou.
Le disciple fut contraint de vendre la coupe en argent, qu'il destinait à son maître, en échange des treize roubles du voyage.
Lorsque le temps fut venu de prendre le repas du soir de fête, Rabénou était assis en compagnie de ses disciples, comme de coutume.
Bien que tout le monde ait su qu'il ne prononçait pas le moindre mot en cette occasion, les hassidé breslev se réunissaient malgré tout autour de sa table. Pourtant, ce soir-là, le maître rompit avec son habitude. Il s'adressa à Rabbi Abba, en lui disant : « Abba, raconte-moi ton voyage ».
Ce dernier craignait de le faire, en particulier à cause de la coupe qu'il avait été obligé de céder au cocher. Mais Rabénou insista : « n'aie pas peur Abba, raconte moi donc ton voyage ! » L'abatteur rituel, mis en confiance, lui conta les différentes étapes qui avaient jalonnées son périple, sans omettre le sort qu'il avait réservé à la coupe qu'il transportait. Quand il eut fini, Rabénou s'écria : « pour cette coupe,
je briserai les dents du Satan, et lui ferai sortir les yeux. Quant à toi,
poursuivit-il, tu ne comptes plus parmi les vivants. Shmouel, prends un peu de soupe ». Rabbi Abba avait fait le voyage avec son fils, Rabbi Shmouel. Dès que la fête de Soucot se termina, Rabbi Abba quitta ce monde. Son fils s'enrichit considérablement et c'est de lui que Rabbi Abalé tirait sa fortune.
Source : SIAH SARFE KODESH II
1-652
Rabbi Nathan quitta ce monde un vendredi après-midi, pendant un jour de jeûne, celui du 10 Tévet 5605
(20 décembre 1844). Il fut inhumé à la sortie de Shabbat. Quand la communauté revint de l'enterrement, les cieux s'éclaircirent et chacun put procéder à la sanctification de la lune, comme la loi l'exige. La possibilité de réaliser ce commandement relevait du miracle, car les nuages recouvrent habituellement le ciel durant la majeure partie de l'hiver, sous ces latitudes.
Les hassidé breslev surent y voir une allusion dans l'un des enseignements de nos sages, de mémoire bénie (Zohar II,158b) : 'le visage de Yéhoshoua brillait comme la lune'. Rabbi Nathan s'était annulé en s'incluant en Rabénou, comme Yéhoshoua l'avait fait vis à vis de Moshé.
Source : SIAH SARFE KODESH II - Rabbi Nathan
1-740
Rabbi Nathan a déclaré : 'si j'avais voulu rédiger un ouvrage contenant des paroles d'encouragement pour le couple, il m'aurait fallu écrire un second Likouté Halakhot, aussi volumineux que le premier'.